Apprendre, c’est apprendre à devenir

Si l’on arrêtait d’innover en pédagogie ? Ou si nous cherchions vraiment à innover ?

Depuis quelques années, l’innovation est au cœur de tous les salons professionnels, quels que soient les domaines concernés : industrie, société, médecine, alimentation, ressources humaines… pas un métier n’y échappe. Trophées de l’innovation, concours et autres grands prix de la créativité, l’innovation est devenu un mot magique que l’on parsème un peu partout et à toutes les sauces, dans l’espoir de faire naître magiquement des améliorations de toutes sortes.

Le Serious Game : vrai ou faux levier de motivation ?

La pédagogie n’est pas épargnée par le phénomène et le numérique apporte, là-aussi, son lot de promesses miraculeuses : E-learning, serious games, blended-learning, MOOC, SPOC, adaptive-learning[i] , deep-learning, le numérique « révolutionne » la donne de la formation, et les injonctions à la transformation pleuvent à tout va sur la tête des enseignants et des formateurs. Si l’on écoute les discours qui vendent les innovations pédagogiques, à commencer par les serious games, le constat est frappant : « engagement » et  « plaisir » sont les  premiers termes évoqués par les promesses, suivies de près par « autonomie », « personnalisation », « adaptation » et bien sûr, « efficacité ». Mais finalement, quoi de bien nouveau ? Ces soi-disantes innovations ne relèvent-elles pas du B-A BA de la profession ? Quel formateur oserait dire qu’il n’essaye pas d’engager ses étudiants ou qu’il cherche à les ennuyer sciemment ? Certes, le numérique peut, ponctuellement, aider à engager ou ré-engager des apprenants qui sont alors sollicités à grand renfort de trophées, de badges et de clics-souris par milliers. Mais ces leviers, parce qu’ils sont les ressorts classiques de la motivation extrinsèque, ne seraient-ils pas, du même fait, des anesthésiants malgré eux de la motivation profonde de l’apprentissage ? Et c’est pourtant bien cette motivation profonde et intrinsèque qu’il convient de stimuler pour réussir le projet de formation: c’est elle qui nourrit la confiance essentielle en l’avenir, c’est elle qui maintient le flux et c’est elle qui fournit à l’individu l’énergie indispensable pour continuer à avancer sur le chemin de son devenir.

Transmettre ou Aider à devenir ?

Il serait intéressant de réfléchir en profondeur aux indicateurs de réussite d’une formation au risque de nous transformer en promoteurs d’outils pour cerveaux en difficulté d’apprendre.

Relever l’exigence, c’est s’interroger en profondeur sur ce qu’est une formation : la définition du terme communément retenue est la suivante : pratique, mise en œuvre par un enseignant, visant à transmettre des compétences (savoir, savoir-faire et savoir-être) à un élève.

Faisons l’exercice de pensée de revisiter totalement cette définition, histoire de relever un vrai défi d’innovation et proposons la définition suivante : la formation est un acte d’accompagnement, pour aider à devenir. Si l’on s’accorde sur cet objectif, il est nécessaire d’inventer le dispositif qui le porterait et c’est peut-être de là que les innovations naitraient. On pourrait envisager un réseau (quel qu’en soient ses composants), parsemé de routes et de carrefours dans lequel chacun progresserait, en fonction de ce qu’il est, de ce qu’il sait, et de ce qui le pousse à devenir. Le formateur deviendrait alors un facilitateur aidant à défricher certaines voies et surtout encourageant à l’exploration afin de prendre en compte les envies et les aptitudes de chacun. Certes, le numérique a sa place dans cette vision holistique de l’apprentissage, ne serait-ce que par son inépuisable réservoir d’informations. Mais plutôt que de proposer des mises en boite de contenus convenus, l’innovation ne résiderait-elle pas dans cette autre façon de faire ?

En remplaçant les mots « transmission » et « formation» par « routage » et  « aiguillage », nous ouvririons peut-être des voies prometteuses pour sortir du brouillard épais des sois-disantes innovations pédagogiques qui piétinent sur place depuis de trop nombreuses années.

[i] Nous noterons au passage que le vocabulaire s’anglicise, sitôt que l’on parle d’innovation…

Posts created 2

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut