Théorie de l’évolution… apprenante

L’évolution est comprise non comme un processus clairement finalisé mais comme « dérive naturelle » Francisco Varela[1]

Vous êtes un enseignant en secondaire, nous sommes en 2020.

Lorsque vous entrez dans votre salle de classe, les étudiants sont penchés derrière leurs ordinateurs et vous attendent. Que font-ils ? Sont-ils prêts à prendre des notes ? A vérifier vos dires ? Vont-ils en même temps surfer sur internet pour préparer leur prochain week-end ? Sont-ils connectés avec leurs amis ? leur réseau ? … Vous n’en savez rien et vous entamez votre intervention dans cette confusion qui est probablement aussi questionnante pour vous qu’elle est naturelle pour vos élèves.

Les étudiants, quel que soit leur âge, ont développé des habitudes hétérogènes vis-à-vis du savoir. S’il est certain que les technologies numériques ont engendré cette nouvelle donne, ce qui est plus intéressant est de constater le désintérêt des dispositifs institutionnalisés au profit d’outils personnalisés et de dispositifs numériques personnels pour lesquels la perception de qualité semble supérieure.

Il pourrait être intéressant de rapprocher ces détournements et ces nouveaux rapports à l’apprentissage, de la théorie de l’énaction : l’énaction est une façon de concevoir la cognition qui met l’accent sur la manière dont les organismes et esprits humains s’organisent eux-mêmes en interaction avec l’environnement. Dans ce paradigme, l’individu évolue et interagit librement. Il « crée » son monde propre, grâce à un environnement qui lui permet de vivre une multitude d’expériences, chaque expérience « située » le caractérisant dans son individualité.

Or, l’enseignement a de tout temps été opéré dans un monde contraint : le triangle de Houssaye, « enseignant-apprenant-contenu » reste encore aujourd’hui d’actualité, même s’il est péniblement revisité par les chercheurs en usages numériques qui cherchent à y intégrer leurs nouvelles pratiques.

Mais si l’on voyait les choses à l’envers ? Si les pratiques numériques étaient la preuve de la naturelle évolution de l‘homme dans son rapport au savoir ? Les pratiques numériques apportent, pour la première fois dans l’histoire de l’homme, des environnements exceptionnels qui donnent la possibilité d’opérer des “expériences situées” dans les pratiques apprenantes. Chacun peut y évoluer et s’organiser librement en fonction de ses attendus, de ses désirs, de ses motivations, de ce qu’il est à l’instant t, de ce qu’il souhaite devenir.

Jamais de mémoire d’homme, nous n’avons eu de telles conditions réunies pour construire des expériences apprenantes. Ces conditions exceptionnelles d’apprentissage gagneraient aujourd’hui à être reconnue comme une marque probante d’évolution qui pourrait être déterminante pour l’avenir de l’homme.


[1] The tree of knowledge: the biological roots of human understanding

Humberto R. Maturana, Francisco J. Varela. Shambhala, 1987

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